Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 23:56

Aujourd’hui, 12 juillet 2010, 6 mois ont passé depuis le 12 janvier 2010. Le 12 janvier 2010, une journée ordinaire pour tant de gens, une journée histoire pour tant d’haïtiens.

Journée où environ 220 000 personnes ont perdu la vie, ou encore quelques dizaines de milliers ont disparu, où d’autres ont perdu leurs bras, leurs jambes, leur maison, leur famille, leur vie passée.

Je suis à Port au Prince depuis un mois et demi. Un mois et demi de travail intense, pour tenter d’apporter quelques réponses à des personnes parmi les plus vulnérables. Nous donnons des abris sous forme de tentes ou de petites « maisons » en bois et en plastique. Nous sélectionnons nos bénéficiaires parmi les patients d’un réseau mis en place par Handicap International composé d’hôpitaux dans lesquels nous travaillons en partenariat avec la structure habituelle ainsi que d’antennes où nous fournissons des soins de kinésithérapie ou d’accompagnement psycho-social.

Une équipe de travailleurs communautaires rencontre et évalue la situation des patients les plus vulnérables et décide de donner ou non une tente ou abri en bois selon la sévérité tant médicale que sociale de la personne. La tente ou l’abri est ensuite installé sur le terrain choisi par les bénéficiaires. Parfois, quelques jours de « Cash For Work » est nécessaire pour aplanir le lieu ou enlever les débris du séisme. Dans ce cas, nous sélectionnons quelques personnes de l’entourage du bénéficiaire que nous payons environ 6$ par jour, nous leur fournissons le matériel nécessaire (pelles, pioches, brouettes, seaux) et ils préparent alors le site.

Une fois l’abri installé et pour les cas les plus problématiques, une petite équipe de « mise en accessibilité » rend visite au patient et adapte son environnement pour le rendre plus « facile » d’accès : une main courante, une rampe en béton, une porte plus large, une latrine plus haute ou plus basse, une dalle devant la maisonnette. Ces petits aménagements permettent aux personnes amputées, en fauteuil roulant ou ayant des difficultés d’équilibres de retrouver un peu d’autonomie et de dignité.

 

Mais chaque étape de ce processus requiert des compétences particulières. Une certaine sensibilité doublée d’une capacité à évaluer tant une situation sociale qu’un lieu potentiel de réinstallation pour les travailleurs communautaires, un sens pratique accompagné de compétences techniques pour la construction des abris en bois ou l’installation des tentes, une capacité à se mettre dans la peau du bénéficiaire pour déterminer quels aménagements seront les plus utiles au bénéficiaires pour les équipes d’accessibilité. Et chaque étape s’accompagne de difficultés propres.

Le refus du patient de rencontrer les travailleurs communautaires car il a honte de son handicap, la difficulté de retrouver la personne dans Port au Prince, vaste et si tortueuse. Le défi de construire un abri sur un endroit plat et loin de dangers d’inondations, à proximité de bâtiments instables dont il faut essayer de s’éloigner au maximum. Le manque d’habitude au concept d’accessibilité des équipes locales qui ont bien du mal à comprendre l’intérêt de modifier un escalier pour améliorer la vie d’une personne qui a subi un évènement dont seul Dieu est maître.

 

Après 6 mois, on sent une certaine frustration, tant dans la population que chez certains expatriés. Frustration de n’avoir pas réussi à faire plus malgré le déferlement d’expatriés, de moyens, de compétences, de bonne volonté. Frustration face à des problèmes si complexes, si globaux, si anciens aussi pour certains. Pas de solutions parfaites. Comme partout. Il faut composer, s’adapter, faire de son mieux. Et tenter de relativiser. Pas évident lorsque l’on est quotidiennement confronté à la misère absolue, aux regards liquides de mendiants qui n’ont connu que la faim, à des enfants orphelins errants seuls dans les rues poussiéreuses.

 

Heureusement qu’Alexandra est là, île d’amour réconfortante…

Par Jean Heim - Publié dans : Haïti
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Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /Mai /2010 17:32

Me voici à Port au Prince depuis presque 48h.Premières émotions diverses.

Depuis l'avion, on ne distingue pas grand chose si ce n'est la multitude de "mini-camps" de déplacés qui pullulent dans Port au Prince. On les repère bien: bâches bleues et blanches en général (le souvenir des camps énormes de déplacés au Darfour remonte alors).

 

Puis on prend la voiture. L'impression change. L'activité dans les rues me paraît à première vue similaire aux souvenirs que j'en avais en 2005. Par contre, j'ai une sensation bizarre de gens plus tristes. Je ne sais pas si c'est moi qui le suis et qui du coup le reporte sur les gens ou si ce sont vraiment eux qui dégagent cette impression. Il faudra que je roule un peu plus dans PaP pour identifier la cause de ce sentiment.

 

Et puis l'équipe Handicap International (HI pour les intimes).

Je me rappelle dire à plusieurs amis après le séisme qu'ils pouvaient donner de l'argent les yeux fermés à des organisations comme MSF ou la Croix Rouge. J'aurai pu aussi rajouter HI. Il y a environ 70 expats sur la mission, je n'ai jamais vu ou entendu parler d'une mission d'une ONG aussi importante en terme de ressources humaines expatriées concentrées sur un aussi petit périmètre.

La mission est très structurée, les programmes sont pertinents, l'équipe jeune, dynamique, multiculturelle, sympa. La mission de rêve en somme. Nous verrons dans le futur si cette situation idyllique perdure!

 

Je n'ai pas énormément d'expérience donc peu de comparaison, mais le dynamisme qui se dégage de cette équipe est vraiment extraordinaire.

 

Donc pour l'instant, fier d'être HI!

 

Je vous en dirai un peu plus sur mon programme lorsque j'en aurai rencontré les principaux acteurs.

 

Continuez à vous intéresser à Haïti, le travail à faire ici est gigantesque...

 

Par Jean Heim - Publié dans : Haïti
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Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /Mai /2010 22:44

Après un long silence correspondant à une période de repos et d'inactivité professionnelle bienvenue, je repars enfin.

Cette fois ci encore, je retrouve une destination déjà connue: Port au Prince, en Haïti évidemment.

Je serai responsable d'un projet de distribution d'abris temporaires pour le compte d'Handicap International.
C'est un départ en couple, je pars sur la même mission que mon amie Alexandra. Situation idéale donc...

 

Il reste bcp à faire avant de prendre l'avion.

je vous en dirai un peu plus une fois arrivé sur place.

 

Je vous embrasse

Par Jean Heim - Publié dans : Haïti
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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /Oct /2009 15:27

Ceux d'entre vous qui suivent l'actualité afghane doivent être au courant de l'attaque qui a touché ce matin une « guest house » des Nations Unies ce matin.

Je me suis réveillé à 6h du matin, croyant sentir mon matelas bouger à cause d'un tremblement de terre. Je me revois compter vaguement 10/15 secondes de vibration puis entendre des coups de feu lointains. Je me lève alors et vais demander à notre garde afghan si il a senti les secousses. Il me répond non et me confirme par contre les coups de feu.

Je retourne dans ma chambre prestemment car il fait froid dehors et je suis sorti en caleçon, enroulé dans mon « patou », sorte de mince couverture que les afghans utilisent en hiver comme sorte de veste.

Les coups de feu continuent, avec plus ou moins d'intensité. Selon le bruit qu'ils font, donnant l'impression d'être parfois très proches et parfois beaucoup plus loin, je me dis qu'il doit y avoir plusieurs attaques à différents endroits.

J'envoie ensuite un texto à mon directeur des opérations qui habite dans une autre guest que la mienne. Il me confirme entendre les coups de feu, de plus près apparemment.

J'attends patiemment dans ma chambre d'en savoir plus.

Au fur et à mesure que les minutes passent, les infos commencent à tomber de différentes sources: la radio, la télé, le bouche à oreille entre expats. Je les partage immédiatement avec mon chef.

Vers 7h30 nous n'entendons plus de coups de feu, tout à l'air d'être redevenu calme. Nous attendons encore 45 min avant d'être sûr de pouvoir nous rendre au bureau.

Là internet nous informe petit à petit du déroulement de l'attaque.

C'est là que je réalise que j'ai du être réveillé par l'explosion suicide d'un des attaquants. Cela a dû provoquer un stress important alors que j'étais encore endormi. Mon coeur a dû s'emballer. Etant couché sur le ventre et ayant un matelas plein de ressorts et assez dur, j'ai eu l'impression que le matelas bougeait à cause d'un tremblement de terre, ce qui m'a réellement réveillé.

 

Il fût ensuite évidemment difficile de se concentrer sur le travail, les infos continuant de préciser l'attaque et surtout le nombre et la nature des victimes.

Point info avec toute l'équipe pour résumer la situation, prendre des mesures immédiates de prudence avec des mouvements limités au strict essentiel.

 

Je suis rentré plus tôt ce soir à la maison. Frigorifié parce que nous n'avons pas encore de chauffage au bureau. Et fatigué de tout ce stress. J'étais parfaitement inefficace au boulot. Mieux vaut dans ces cas là essayer de se détendre...

 

On va maintenant tenter de passer une bonne nuit, malgré les répercussions psychologiques d'une telle attaque. Ca va bien tout de même, je ne me sens pas plus en danger qu'hier soir. Mais cela marque les esprits. On se dit que tout est possible à tout moment. On a envie d'être ailleurs, auprès des siens, dans un endroit paradisiaque, ou au moins dans un endroit sans danger. Réaction tout à fait normale, dont il ne faut pas s'inquiéter outre mesure.

Je me surveillerai dans les prochains jours. Et si c'est la fameuse goutte d'eau, j'en doute pour l'instant, eh bien je réétudierai la question de ma présence ici!

 

Merci en tout cas à tous ceux qui se sont manifestés aujourd'hui, auprès de moi ou auprès de mes proches en France. Cela me touche vraiment. Ne vous inquiétez pas outre mesure, bien sûr Kaboul n'est pas un hâvre de paix, mais cela reste encore tout à fait vivable...

Par Jean Heim - Publié dans : Afghanistan
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 15:07
Christiane D. pourrait obtenir facilement son diplôme de conologie française, sûrement avec mention d'ailleurs.

A l'article publié sur le monde.fr aujourd'hui évoquant l'attentat qui a eu lieu a Mehterlam, dans la province du Laghman en Afghanistan (où mon ong a bcp de programmes), Christiane D. a réagi:

"Il faut croire que ces services ne sont pas très performants ! Quoi de plus anonyme qu’un piéton kamikase ? Hormis s’il y a contrôle des passants. Apparemment les invités se croyaient en sécurité... Pourquoi ne laissons-nous pas ce "Vietnam" arabe à ses occupants (et ses démons !)?"

Plusieurs réactions immédiates:
- elle parle avec une grande assurance de quelque chose dont elle ne connait manifestement pas grand chose. Parce que si elle était moins ignorante, elle saurait que les services secrets afghans ont fait des progrès incroyables depuis qq années et sont, avec l'aide de la communauté internationale, plutôt performants vu le niveau de menaces.
- elle sous entend l'idée de contrôler les passants. Je l'invite joyeusement à venir se joindre à la police afghane afin de l'aider à contrôler le moindre mouvement des 27 millions d'afghans environ.
- je passe sur le vietnam, vu qu'elle a mis des guillemets.
- arabe: là c'est l'illarité totale. Des arabes en Afghanistan. Merde ils sont partout alors? A part les 2-3 arabes issus d'Al Qaeda qui se courent après pour se protéger des drones américains, l'Afghanistan est peuplé de multiples ethnies ou tribus, mais certainement pas d'arabes. Et tant qu'à faire, autant le préciser ici: on ne parle pas arabe en Afghanistan!!! Mais dari, une forme de persan.

Evidemment, vous pensez bien que ce genre de croyances et pensées sont largement répandues en France, vous mêmes qui lisez l'avait sûrement déjà cru/pensé, le pensez peut être toujours. Je l'ai bien sûr constaté pas plus tard qu'il y a une semaine lors de mon petit séjour français. Soit. C'est votre droit.
Mais s'il vous plaît, si n'êtes pas certains à 100% de ce que vous avancez, renseignez vous avant de monter sur vos grands chevaux. Un tantinet d'humilité que diable. Et je me permets de dire ça, car j'ai moi même été détenteur du grand diplôme de conologie française. Le fameux diplôme du "Je sais tout sur tout, j'ai un avis sur tout, et j'ai surtout un avis"
Et on m'a dit un jour de faire gaffe à ce que je racontais...

L'impact d'un tel commentaire sur lemonde.fr peut être immense et n'aide en rien à faire avancer le schmilblick afghano-français.

Par Jean Heim - Publié dans : foutoir
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